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Le travail saisonnier

Indispensables à la bonne marche du tourisme français, les travailleurs saisonniers évoluent dans un monde parallèle, où les droits élémentaires des salariés sont trop souvent oubliés.

Ah! Les vacances ... vous arrivez à votre hôtel dans une station balnéaire. Une jeune fille souriante vous accueille à la réception. Un jeune homme monte vos bagages. Une autre jeune fille vous apporte un cocktail d'accueil. Le lendemain, une serveuse s'occupe de vous au restaurant. Une jeune animatrice s'occupe de vos enfants à la garderie. À la plage, un maître-nageur surveille les baigneurs. Au kiosque sur la plage, un jeune homme à l'air fatigué vous vend une glace. À la boutique de souvenirs, vous achetez une carte postale à une jeune fille qui semble être de mauvaise humeur.

 

Qui sont ces jeunes gens? Sans doute des saisonniers, les 700 000 travailleurs, pour la plupart des jeunes, qui travaillent sous

le soleil d'été ou à la neige en hiver, pour servir et choyer des millions de vacanciers. Tous travaillent de longues heures pour des salaires légers, souvent payés au noir, dans des conditions à la frontière de la légalité. Pas de congés payés, pas de congés de maladie, très peu de droits en ce qui concerne le licenciement et souvent, des disputes sur les salaires.

 

Thomas en a fait l'amère expérience l'an dernier. À 17 ans, il décide de découvrir

le monde du travail estival dans sa ville natale de Sète, sur la côte méditerranéenne. Débrouillard et volontaire, il décroche début juillet un poste de surveillant dans un magasin d'articles de plage. La gérante lui promet un mi-temps payé au noir. « Les dix premiers jours, je recevais 45 euros en liquide chaque jour, raconte Thomas. Et puis plus rien, elle disait que je serais payé en fin de mois. » En attendant, les heures s'accumulent: de 9 heures à 21 heures, sans

pause, « avec des fermetures tard qui me faisaient parfois partir vers 23 heures ». Après trois semaines de boulot, Thomas jette l'éponge. « Trois semaines de travail intensif, week-end inclus, dixjours payés, voilà mon travail de vacances!» Cette année, Thomas travaillera dans une ferme - avec un contrat de travail et un nombre d'heures déterminé à l'avance.

 

Marie, étudiante en première année d'éducation spécialisée à Bordeaux, a fait un week-end d'essai dans une station balnéaire sur la Côte basque. Poste: serveuse. Temps travaillé: 14 heures, entre dimanche 30 et lundi 31 mai. Le gérant de l'hôtel-restaurant lui remet 40 euros en liquide. Soit 2,85 euros de l'heure, ce qui ne rembourse même pas son billet de train!

 

Thomas et Marie, sont-ils des cas isolés? Non, si l'on en croit une enquête menée durant l'été 2005 par la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Les résultats du questionnaire rempli par 500 saisonniers, dont 80% travaillaient dans le secteur du tourisme, ont été analysés par l'université de sociologie de Paris X - Nanterre. L'enquête nous apprend que 60% des saisonniers

sont des étudiants de moins de 25 ans qui travaillent pour un salaire risible dans

les hôtels, cafés et restaurants des villes touristiques. En cette même année 2005,

le secteur du tourisme a dégagé plus de 10

milliards d'euros de bénéfices ...